Complexité quand tu nous tiens

Publié le par maracas :0039:




Avant de continuer sur l'intelligence je dois redéfinir des termes que j'emploie, car selon le contexte et les personnes ils n'ont pas le même sens.
 
Prenons un exemple : si je dis de quelqu'un "il est inconscient" ça peut vouloir dire qu'il n'a pas de conscience ou alors qu'il est dans le coma. Et lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il a une conscience, il ne faut pas oublier que cette conscience est intimement liée à l'inconscient du type freudien. Ainsi, si je dis "j'ai bonne conscience" cela peut signifier que c'est mon inconscient qui réagit favorablement à une de mes actions (faite consciemment ou pas).
 
Autre exemple : quand on parle de la raison, la définition est très différente selon qu'on en parle dans un contexte purement philosophique ou biologique.
Dans sa phrase "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point", Blaise Pascal emploie ce terme dans deux sens différents. (Une figure de style qu'on appelle "Antanaclase")

Il en est de même de la phrase "Le vide n'est pas vide"

 
Voilà donc une tentative de définition des termes que je vais encore utiliser : 

La logique est une capacité d'analyse formelle d'une chose indépendamment du contexte. Une grande partie des épreuves d'un test de QI porte sur cette capacité. Les humains sont capables d'être logiques, tout comme les ordinateurs. Quelques animaux auraient une certaine logique (certains primates et mammifères marins).

La rationalité se place au dessus de la logique car elle s'intègre dans une démarche plus globale en y associant l'interprétation (le sens). Ce terme est un peu difficile à utiliser et ses contraires aussi (irrationalité ou non-rationalité). 
De nombreuses définitions assimilent la rationalité avec l'intelligence ou la raison (surtout en philosophie). Je ne l'emploie pas de cette manière mais polutôt dans le même sens que certains chercheurs en IA : la capacité à analyser et regrouper des entités logiques, ou à l'inverse à diviser ("rationner") un tout en ses entités logiques. 
 
L'émotion est une manifestation organique primaire qui prend sa source dans l'amygdale. Il s'agit d'une sensation. Les émotions sont par exemple la joie, la peur, la colère, etc.. La plupart des animaux ont des émotions.

Le sentiment est lié à la conscience, il s'agit de la capacité à associer l'émotion avec la rationalité.

L'intelligence serait la faculté de comprendre et de s'adapter. Pour moi il s'agit de l'intégration de l'ensemble des précédentes facultés.

En résumé on pourrait dire en simplifiant que :

Logique + interprétation = rationalité

Emotion + rationalité = sentiment

Sentiment + intégration = intelligence

Au final on aurait :

Logique + émotion + interprétation + intégration = intelligence 

Cette manière de poser les choses s'apparente au réductionnisme qui consiste à étudier un tout en le divisant en parties plus simples à comprendre. Le problème c'est que ça ne marche pas exactement comme ça. Le cerveau est un tout dont les parties fonctionnent en parallèle d'une manière indépendante, mais aussi les unes avec les autres, et surtout elles subissent des rétroactions : ainsi un certain sentiment peut influer le niveau du dessous en modifiant une émotion.
 
C'est un des gros problèmes que rencontrent les sciences modernes qui étudient la complexité, par opposition au réductionnisme. 

Je vais prendre un exemple que je connais mieux pour vous faire comprendre l'idée de réductionnisme : depuis environ deux siècles les physiciens et les chimistes ont choisi d'étudier la matière en essayant de déterminer ce qui la composait. On a ainsi 'découvert' l'idée d'atome, puis on a divisé ces atomes en électrons+noyaux, et ensuite les noyaux en protons+neutrons, et finalement les protons et les neutrons comme des ensembles de trois quarks liés par des gluons (comme dans Téléchat).


 
  

Mais depuis on a découvert qu'il est faux de dire qu'un morceau de fer (même pur à 100%) serait constitué d'atomes de fer. Il n'y a en réalité AUCUN atome de fer dans ce morceau ! A la place d'atomes il faudrait parler d'un ensemble complexe formé d'une sorte de réseau de noyaux, entourés par des nuages d'électrons des couches internes, le réseau étant lié par des paires d'électrons qui se partagent entre plusieurs noyaux, et le tout baignant dans un ensemble d'ondes électroniques délocalisées occupant tout le volume disponible sans appartenir à aucun noyau. 

Même un simple proton ne peut pas être vu comme constitué de trois quarks : il s'agit en fait d'une somme de possibilités faisant intervenir un certain nombres de quarks, d'antiquarks et de gluons : 

proton = (3 quarks) + (3 quarks + 1 gluon) + (4 quarks + 1 antiquark + 2 gluons) etc.. (jusqu'à des nombres infinis de quarks, antiquarks et gluons).

Cela ressemble davantage à l'image d'un objet fractal que celle d'une construction avec des Legos.
 




Décomposer la matière en un certain type d'entités découle d'un choix arbitraire qui dépend des fonctions qu'on cherche à comprendre. On parle alors d'un modèle : le modèle des atomes, le modèle des noyaux et des ondes électroniques, ou le modèle des quarks.
 
L'idée même de tenter de comprendre le monde en distinguant les 'objets' des 'processus' est devenue inapropriée, notamment depuis l'avènement de la théorie quantique On ne peut pas dire qu'un électron est davantage un objet qu'un processus. En effet un objet est une entité indépendante ayant certaines propriétés intrinsèques. Or un électron n'a ni position ni vitesse, sauf lorsqu'on met au point un système expérimental qui va interagir avec lui pour lui donner l'une de ces deux propriétés. 

Notre langage possède les mêmes limitations, par exemple la différence entre les verbes et les substantifs qui nous semble si évidente n'est probablement dictée que par la manière dont fonctionne notre cerveau. (Le physicien David Bohm a d'ailleurs tenté d'inventer une sorte de langage pour aller au-delà : le "rhéomode".)

Il en est de même du cerveau et de nos capacités cognitives : on peut choisir de décomposer notre conscience en plusieurs capacités comme je viens de le faire (logique, interprétation etc..), mais on pourrait aussi choisir de l'étudier sous forme de zones fonctionnelles indépendantes (cortex visuel, aire de Broca, système limbique). On pourrait aussi décider d'étudier des ensemble plus restreints qu'on appelle 'cartes neuronales' réagissant à un type de stimulus, ou même essayer de le décomposer en un ensemble de neurones en interaction. Chaque niveau a son intérêt et ses propres méthodes.

Le réductionniste, s'il n'est même pas applicable à l'étude d'objets physiques simples commes les protons, pourrait difficilement être adapté pour l'étude du cerveau. Le choix des entités (ou des mots qui désignent certains modules ou fonctions) élémentaires restera toujours arbitraire et incompatible avec d'autres choix tout aussi cohérents.

On ne peut donc pas poser de questions telles que "Dans quelle partie du cerveau se trouve l'inconscient (ou la mémoire) ?" ou "Combien faut-il de neurones pour faire un cortex préfrontal qui fonctionne correctement ?"
 
Cela ne signifie pas que l'étude en est forcément impossible, mais qu'elle est complexe et dynamique, tout comme pour les événements physiques. 

Il faut donc bien garder ça à l'esprit avant d'aller plus loin dans l'analyse de l'intelligence ou de la conscience. 
 

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KuzlaetChik 15/10/2008 12:12

j'aime bien te additions de mots, rien de mieux pour être trés clair !

tatsu 15/10/2008 10:32

Je me sens moins bête après t'avoir lu!^^ merci

ibios 15/10/2008 09:21

hELLO,
je découvre ton espace et j'm assez ce déploiement sur, par exemple, ce sujet "l'i."
De bons mots, avec du sens et du développement !

A ce propos si l'on devait avoir une sorte de pré-cog sur la relation et l'interaction possible entre l'i et l'i.a. ; penses-tu que nous pourrions créer une intelligence ?

Amicalement.